Docteur angélique • Somme théologique

Saint Thomas d‘Aquin

Pour « porter la foudre », savoir « rester nuage »

Foi, Espérance, Charité

Les vertus théologales structurent la vie de l'âme : la Foi permet de connaître la vérité, l'Espérance oriente le désir vers la vraie fin, et la Charité rectifie totalement l’amour. Le croyant dispose d'une intuition spirituelle suffisante pour savoir exactement ce qu'il doit croire et faire pour être sauvé. Cette mesure de grâce lui permet d'éviter l'orgueil qui naîtrait de la prétention à une connaissance totale.

Les ennemis de la pauvreté sont aussi les « ennemis de la croix du Christ »

Les Biens Temporels

Le souci des biens temporels est licite en lui-même, à condition de ne pas en faire sa fin ultime et de ne pas y mettre une application excessive au détriment des biens spirituels. Cet excès vient souvent de l'avarice ou de la luxure, qui y contribue également en étouffant la raison. De leur côté, l'envie et la colère causent l'inconstance en détournant la raison vers un autre objet. La luxure, quant à elle, provoque cette même inconstance en éteignant totalement le jugement de la raison ; elle entraîne aussi la duplicité de l'âme, qui passe alors sans cesse d'un objet à l'autre. Dans les relations, le but véritable doit toujours être le bien de l'autre, et non le fait de plaire à ses sentiments du moment.

On n'est pas fait pour le confort mais pour la Grandeur

Le Péché Impardonnable

La notion de péché impardonnable reçoit différentes interprétations selon les Pères de l'Église : attribuer au diable une œuvre qui est manifestement divine (Saint Hilaire), la persévérance finale dans le péché, c'est-à-dire le fait de mourir sans vouloir demander pardon (Saint Augustin) ou le péché de malice (on pêche contre le Père par faiblesse car le Père est associé à la puissance, par ignorance face au fils car c'est la sagesse et par malice face au Saint-Esprit, la bonté) qui détruit les freins naturels qui nous empêchent normalement de succomber au péché.

« Tout ce que vous voulez que les hommes vous fassent, faites-le aussi pour eux »

Aimer le Prochain

Corriger fraternellement son prochain est une obligation de charité. Il ne faut pas, cependant, reprendre un vieillard avec rudesse. Un péché passé n'annule pas le droit de corriger autrui ; il peut même rendre la démarche plus crédible si le pécheur corrige avec humilité, en reconnaissant sa propre faute. Sur le plan spirituel, certains en viennent à haïr Dieu à cause de ses effets qui contrarient leurs désirs mauvais : ils détestent sa justice qui punit ou sa loi qui interdit le péché, car elle s'oppose à leur volonté déréglée.

« Je ne recherche pas ce qui m'est utile, mais ce qui l'est au grand nombre »

Avec les Autres

Pendant une pause, on ne doit pas détruire l’harmonie intérieure ni les bonnes mœurs. Le jeu doit ainsi être utilisé comme le sommeil : un repos nécessaire après avoir accompli ses obligations sérieuses. En revanche, l'excès de jeu se rattache directement aux péchés capitaux : il découle de la « joie inepte » (la fausse joie), qui est elle-même une fille de la gourmandise, entendue ici comme la recherche désordonnée du plaisir physique et sensoriel. De même, gaspiller ses biens pour encourager des comédiens surpayés ou qui jouent des spectacles immoraux constitue un vice. Pour autant, se priver totalement de jeu est contre-nature (notre âme est comme un arc, trop bandé il casse).

La Source des Actes Humains

Le Bien ou Mal

L'animal est entièrement guidé par l'instinct, tandis que l'homme possède une plasticité unique, portée par son intellect et sa volonté, qui lui permet d'évoluer. Dans cette dynamique, l'habitus — défini comme une disposition permanente et stable à agir conformément à la raison — est une qualité durable que l'esprit humain acquiert par la répétition d'actes analogues (même si un choc unique, comme la compréhension d'une proposition évidente, peut parfois suffire). Cet habitus vient s'ajouter aux propensions naturelles de l'individu, telles que son tempérament particulier. Il agit comme une structure interne qui nous incline à bien agir (la vertu) ou à mal agir (le vice), transformant ainsi nos facultés brutes en outils d'action précis. Toutefois, cet habitus peut s'affaiblir par la simple cessation de ses actes ou par l'accomplissement d'actes contraires.

Racine de toutes les passions

L'Amour

La passion est une modification de l’âme qui résulte de son union avec le corps, provoquée par la perception d’un objet extérieur (par exemple, la vision d'un danger provoque la crainte). Face à ces perceptions, l’appétit sensitif — également présent chez les animaux — réagit de deux par le concupiscible (la recherche des objets utiles ou agréables comme la nourriture) ou l'irascible (la réaction face aux obstacles ou aux objets nuisibles, qui se traduit par la colère ou la fuite). Toutes les passions découlent d’une seule et même racine : l’amour. De cet amour s'ensuit le désir d’atteindre l’objet, puis enfin la joie (ou le repos) lorsque cet objet est possédé. On distingue cet appétit sensitif de l’appétit naturel, qui est la tendance inconsciente d’une chose à suivre sa propre nature, à l'image d'une pierre qui tombe vers le sol ; il s'agit là d'un amour inconscient. L’homme, quant à lui, possède en plus l’appétit rationnel : chez lui, la complaisance envers un objet passe par un libre jugement de la raison, ce qui fonde la moralité. Alors que pour Aristote la morale vise à faire un bon citoyen, Thomas d’Aquin la conçoit comme ce qui lie l’individu à Dieu. La dignité de l’homme vient précisément du fait qu’il est maître de ses actes. Bien qu’il ressente les passions animales, sa raison lui permet de les dominer et de décider librement de sa conduite.

L'Économie des Passions

La Morale

La nature humaine aime le changement ; ainsi, le souvenir d'un plaisir passé (et même d'une peine passée, en se réjouissant d'y avoir survécu) ou l'espoir d'un plaisir futur provoquent du plaisir. Le plaisir en soi n'est ni bon ni mauvais : il le devient selon qu'il s'accorde ou non avec la raison. Par exemple, l'usage des organes sexuels est naturel si sa fin est la reproduction et l'éducation des enfants. C'est pourquoi le mariage n'est pas vu uniquement comme un lien sexuel, mais comme la plus intime et la plus solide des amitiés humaines.

« Le prudent est celui qui voit loin »

La Prudence

La prudence est la vertu de la « raison pratique », c'est-à-dire qu'elle sert à choisir les bons moyens pour atteindre une bonne fin, et elle exige de ce fait une liberté totale d'esprit. Loin d'être innée, elle ne se résume pas non plus à la simple expérience que l'on accumule au hasard des rencontres. Au contraire, elle demande de faire revivre ses souvenirs et d'analyser chaque cas particulier.

Patience, persévérance, tempérance

La Force

L'homme fort ressent la douleur et la peur, mais il ne se laisse pas absorber par elles. Il peut même utiliser la colère comme une auxiliaire de sa force, en la transformant en un moyen au service de la vertu.

Droit, honneur, réputation

La Justice

Le droit conçoit une égalité pour ajuster les rapports entre les hommes à travers trois dimensions : le droit naturel (qui établit une équivalence stricte, comme donner une somme d'argent pour recevoir un bien de valeur équivalente), le droit positif (qui découle d'une convention, comme décider par contrat qu'une propriété vaut telle somme) et le droit des gens (qui pose des principes universels, comme l'interdiction de ôter la vie sans raison légitime).

Juste prix, propriété, régime

Le Commerce et la Politique

Le riche qui accumule du superflu sans le distribuer commet une faute, même si la propriété privée reste nécessaire pour garantir la paix sociale. Dans le cadre des relations quotidiennes, si un vendeur propose un produit défectueux, il convient d'aller le voir directement pour régler le problème en privé plutôt que de s'en prendre à lui sur la place publique. Par ailleurs, l'affront (la diffamation ou l'atteinte à la réputation) constitue un péché grave, tout à fait comparable au vol, car l'honneur a une valeur bien supérieure aux biens matériels. Face à une telle offense, il ne faut pas répliquer par esprit de vengeance, mais on peut agir dans le but de corriger les mœurs de l'offenseur. Quant à la taquinerie, elle n'est pas un péché en soi, sauf si elle est animée par l'intention de blesser volontairement.

L'âme, le péché

Le Souverain Bien

Les sciences basées sur le monde sensible — ce que l'on voit, touche et ressent — sont intrinsèquement limitées. Dans la nature, rien ne se fait au hasard : chaque chose est guidée vers un but précis, une fin, comme la pierre qui tombe ou la flamme qui s'élève.

Dissimuler vs simuler

Le Mensonge

Si le mensonge porte sur des choses insignifiantes qui ne nuisent ni à la foi ni au salut de quiconque (comme mentir sur l'heure qu'il est ou exagérer un exploit pour s'amuser), il s'agit d'un péché véniel. En revanche, le mensonge pernicieux, commis par orgueil ou par vaine gloire dans le but de porter atteinte à autrui, est grave. De même, lorsqu'il est dicté par la cupidité (l'appétit du lucre), le mensonge devient généralement un péché mortel : se vanter en se faisant passer pour un médecin ou un devin dans le but de tromper les gens et de leur extorquer de l'argent cause un préjudice direct et volontaire au prochain.

Primauté de la vérité

L'Hérésie

L'hérésie est une « œuvre de la chair », non pas parce qu'elle tire son origine du corps physique, mais parce que la « chair » désigne ici le fait de vivre selon ses propres désirs humains plutôt que selon l'Esprit de Dieu. Il faut distinguer l'hérésie du schisme : le schisme est un péché contre le prochain, ce qui le rend moindre que l'infidélité, laquelle constitue un péché direct contre Dieu.

Médisance, moquerie, malédiction

Le Pêcheur

La gravité d'un péché dépend fondamentalement de son but (sa fin) et non des mots utilisés, car, dans le domaine de la morale, c'est la fin d'une action qui lui donne sa forme propre. Par exemple, si vous donnez de l'argent par justice, votre acte prend la « forme » de la justice. Or, la charité oriente toutes les actions humaines vers la fin ultime et suprême qui est Dieu. C'est à la lumière de ce principe qu'on peut évaluer la gravité des fautes contre le prochain : ainsi, le but du médisant, qui cherche à diviser, est pire que celui du diffamateur, qui cherche à noircir une réputation. L'amitié étant le bien le plus précieux, l'acte de médisance qui veut la détruire s'avère particulièrement grave.